MOI, DIEU DE LA TERRE

MOI, DIEU DE LA TERRE
2010, Paris

Moi, Dieu de la Terre. Deux mille dix. Quarante-sept ans. Le titan. L’Atlas. Le Prométhée. L’homme-dieu portant le poids de sa propre création. Trois cents par deux cents centimètres. Trois mètres de hauteur. Format monumental. Ambition démesurée. Déclaration d’hubris maximal. Moi, Dieu de la Terre. Virgule après “Moi”. Importante. Pas “Moi Dieu” fusionné. Mais “Moi, Dieu” – moi qui me proclame Dieu. Prétention blasphématoire. Divine. Et l’image montre quoi. Atlas accablé. Titan ployant. Homme-machine au bord de la rupture. Muscles tendus. Tête inclinée. Souffrance. Effort maximal. Portant sur épaules bras dos jambes tout le corps. Quoi. Civilisation. Notre civilisation technique. Sept piliers. Sept éléments précis. Inventaire méthodique. Cartographie complète. De haut en bas. Du plus abstrait au plus concret. Du plus récent au plus ancien. Les sept péchés de la modernité.

En haut. Tout en haut. Les clones humains. Gauche supérieure. Figures humaines reproduites. Copies identiques. Biotechnologie. Clonage. L’homme se prenant pour Dieu créateur. Dolly la brebis clonée en mille neuf cent quatre-vingt-seize. Début de l’ère. Débats sur cellules souches. Peur du clonage humain. Fantasme et cauchemar. Créer des copies d’humains. Eugénisme. Transhumanisme. L’humain comme produit manufacturé. Reproduction artificielle. Fabrication d’êtres. Manipulation génétique. Sélection. Contrôle de la vie. Marchandisation du vivant. Brevets sur gènes. Bébés sur mesure. L’orgueil. Le premier péché. Se prendre pour Dieu. Créer la vie. Mais ces clones portés par Atlas. Pourquoi en haut. Parce que le plus récent technologiquement. Le plus “avancé”. La pointe. Le plus terrifiant. Manipuler la vie elle-même. Ironie cruelle. On crée des clones – copies parfaites – pendant qu’on devient nous-mêmes des sculptures. Copies idéalisées. Mortes.

Au centre en haut. Position dominante. Centrale. La bombe atomique. Little Boy. Celle d’Hiroshima. Six août mille neuf cent quarante-cinq. Cent quarante mille morts. Peut-être plus. Début de l’ère nucléaire. Cylindre métallique gris. Ailerons. Torpille de mort. Capacité d’annihilation planétaire. Pouvoir de détruire l’humanité entière. Complexe militaro-industriel. Course aux armements. Destruction mutuelle assurée. MAD. L’humanité tenant le bouton de son propre suicide. Pourquoi au centre. Pourquoi en haut. Parce que c’est l’élément le plus menaçant. Tout le reste conditionné par l’équilibre nucléaire. Épée de Damoclès suspendue au-dessus de tout. En deux mille dix. Prolifération nucléaire. Iran. Corée du Nord. Menace terrorisme nucléaire. Course aux armements continue. Russie. USA. Chine. La colère. Le deuxième péché. Capacité de destruction totale. Et ironie du titre. “Moi, Dieu de la Terre”. Mais un dieu qui porte une bombe capable de détruire sa propre création.

À droite en haut. Symétrique avec les clones. Les puits de forage pétroliers. Derricks. Tours d’extraction. Pétrole. Gaz. Énergie fossile. L’addiction. Dépendance énergétique. Destruction écologique. Marées noires. Réchauffement climatique. Géopolitique. Guerres pour le pétrole. Irak. Moyen-Orient. En deux mille dix. Avril deux mille dix précisément. Deepwater Horizon. Marée noire dans le Golfe du Mexique. Catastrophe majeure. Onze morts. Quatre-vingt-sept jours de fuite. Cinq millions de barils déversés. Désastre écologique. Et pendant ce temps. Guerres Irak Afghanistan. Contrôle des ressources. Prix du pétrole volatil. Crise deux mille huit encore fraîche. Début de prise de conscience climatique. Mais dépendance continue. L’avarice. Le troisième péché. Extraction sans fin. Accumulation. Position à droite en haut. Symétrique avec clones gauche. Les deux sont sources. Clones égale source de vie artificielle. Pétrole égale source d’énergie. Les deux épuisent. Les deux détruisent. Clones manipulent le vivant. Pétrole détruit le climat. Atlas porte le puits de forage. Porte notre dépendance énergétique suicidaire.

Au milieu. Au centre exact. Le cœur du système. Le coffret de banque. Coffre-fort. Argent. Richesse. Finance. Capitalisme. Accumulation. Profit. Banques. Bourse. Spéculation. Inégalités. Un pour cent contre quatre-vingt-dix-neuf pour cent. Crise financière de deux mille huit. Encore présente en deux mille dix. Sauvetages bancaires. Bailouts massifs. Too big to fail. Banques devenues plus puissantes que les États. Position centrale. Parce que tout tourne autour de l’argent. Au-dessus. Technologies destructrices. Bombe. Pétrole. Clones. En-dessous. Infrastructures matérielles. Béton. Viande. Voitures. L’argent connecte tout. On fait la guerre pour l’argent. On construit pour l’argent. On tue pour l’argent. On clone pour l’argent. On extrait pour l’argent. Le capitalisme est le système qui unifie. Motive. Organise tous les autres piliers. Sans le profit. Aucun de ces piliers n’existerait sous forme industrielle. L’avarice bis. Le quatrième péché. Cupidité. Atlas porte le coffre. Porte le système économique qui nous écrase tous.

En bas à gauche. Base matérielle. Fondations. La citerne de béton. Réservoir. Structure industrielle. Béton. Industrie de la construction. BTP. Immobilier. Urbanisation. Villes géantes. Mégalopoles. Béton partout. Artificialisation des sols. Infrastructures. Barrages. Routes. Ponts. Béton matériau du vingtième siècle. Le Corbusier. Brutalisme. Villes modernes. Mais aussi. Destruction de la nature. Pollution. Laideur. En deux mille dix. Chine construit massivement. Villes fantômes. Bulle immobilière. Précède crise deux mille huit. Paris. Gentrification. Construction continue. Bétonisation du monde. Position gauche bas. Base matérielle de la civilisation. Fondations littéralement. Tout repose sur le béton. Routes. Villes. Barrages. L’envie. Le cinquième péché. Vouloir toujours construire plus. Atlas porte la citerne. Porte le poids de nos infrastructures. De nos villes mortes.

En bas à droite. Le plus brutal. Le plus violent. La tête de cheval sortant d’une machine à tuer. Pistolet d’abattage. Abattoir. Industrie de la viande. Élevage industriel. Mort industrialisée des animaux. Violence normalisée. Tuer égale routine productive. Machine à tuer. Meurtre mécanisé. Froid. Efficace. Pourquoi le cheval spécifiquement. Animal noble. Mythologie. Transport. Compagnon. En France deux mille dix. Tabou culturel. On ne mange “pas” de cheval en France. Mais on le fait quand même. Trahison. Le cheval nous a servis. Labour. Guerre. Transport. Et on le tue industriellement. Pistolet à tige perforante. Tue en une seconde. Chaîne d’abattage. Fordisme appliqué à la mort. Efficacité maximale. Empathie zéro. Position droite bas. Symétrique avec citerne béton gauche bas. Les deux sont infrastructures de base. Béton égale construire. Abattoir égale nourrir. Base matérielle ET morale de la civilisation. On construit en béton. On tue en masse. La gourmandise. Le sixième péché. Consommation de viande industrielle. Atlas porte cette tête de cheval. Porte notre violence contre le vivant. Notre industrialisation de la mort.

Tout en bas. À la base de tout. Littéralement sous Atlas. La voiture. Automobile individuelle. Industrie automobile. Ford. General Motors. Renault. Peugeot. Mobilité carbonée. Essence. Diesel. Étalement urbain. Suburbia. Dépendance à la voiture. Liberté illusoire. Autonomie individuelle versus pollution collective. En deux mille dix. Crise de l’industrie automobile. General Motors en faillite deux mille neuf. Sauvée par l’État. Début des voitures électriques. Tesla Roadster deux mille huit. Mais marginal. Dépendance totale. L’économie mondiale dépend de l’automobile. Position très bas. À la base de tout littéralement. Fondation mobile de la civilisation moderne. Tout le système repose sur la capacité à bouger. Marchandises. Travailleurs. Armées. La luxure et la paresse. Le septième péché. Plaisir individuel. Refus de l’effort. Atlas porte la voiture. Porte notre mobilité fossile. Notre dépendance aux déplacements carbonés.

Sept piliers. Sept éléments. Sept péchés. Inventaire exhaustif. Méthodique. Implacable. Atlas ne porte pas un chaos abstrait. Il porte exactement. Notre biotechnologie. Notre capacité de destruction. Notre dépendance énergétique. Notre système économique. Nos infrastructures. Notre violence normalisée. Notre mobilité carbonée. Il porte la civilisation industrielle moderne dans son intégralité. Rien ne manque. Organisation hiérarchique. De haut en bas. Du plus abstrait au plus concret. Du plus récent au plus ancien. En haut. Technologies avancées. Clones. Bombe. Pétrole. Au milieu. Système économique. Banque. Finance. Capitalisme. Le cœur. En bas. Infrastructures matérielles. Béton. Abattoir. Voiture. Deux lectures possibles. Première lecture. Chronologique. Évolution historique. Bas égale passé. Voiture fin dix-neuvième début vingtième siècle. Béton vingtième siècle. Abattoirs industriels vingtième siècle. Milieu égale vingtième siècle. Finance moderne post mille neuf cent quarante-cinq. Haut égale présent futur. Pétrole vingtième mais toujours central. Bombe atomique mille neuf cent quarante-cinq et après. Clones fin vingtième début vingt-et-unième. Atlas porte toute l’histoire de la modernité industrielle. De la voiture base aux clones sommet. Deuxième lecture. Importance et abstraction. Bas égale concret. Matériel. Tangible. On voit on touche les voitures le béton. Violence visible. Abattoir. Milieu égale abstrait mais central. Argent égale abstraction. Valeur symbolique. Invisible mais gouverne tout. Haut égale ultra-abstrait. Technologique. Terrifiant. Clonage presque science-fiction. Nucléaire incompréhensible au commun. Pétrole liquide noir qui gouverne le monde. Plus on monte plus c’est abstrait et terrifiant. Plus on descend plus c’est concret et quotidien.

Chaque élément double tranchant. Ambivalence. Clones. Positif. Médecine. Cellules souches. Organes. Négatif. Eugénisme. Déshumanisation. Bombe atomique. Positif. Énergie nucléaire. Électricité. Négatif. Destruction massive. Hiroshima. Pétrole. Positif. Énergie abondante. Révolution industrielle. Négatif. Réchauffement climatique. Guerres. Banque. Positif. Crédit. Investissement. Développement. Négatif. Spéculation. Inégalités. Crises. Béton. Positif. Infrastructures. Logement. Routes. Négatif. Artificialisation des sols. Pollution. Laideur. Abattoir. Positif. Nourriture. Protéines. Sécurité alimentaire. Négatif. Souffrance animale. Violence industrielle. Voiture. Positif. Mobilité. Liberté. Développement économique. Négatif. Pollution. Accidents. Dépendance fossile. Aucun n’est purement bon ou mauvais. Tous sont ambigus. Nécessaires ET destructeurs. C’est ça le tragique. On ne peut ni continuer ça nous détruit ni arrêter on s’effondre.

Et moi. Deux mille dix. Quarante-sept ans. Paris. Je peignais cet homme colossal. Cet Atlas contemporain. Portant tout. Les sept piliers. Mais craquant. Muscles au bord de la rupture. Hubris rencontre limites. Prétention divine rencontre réalité. Moi Dieu. Mais Dieu épuisé. Dieu souffrant. Dieu qui va s’effondrer. Prophétie. Quinze ans avant. Deux mille dix. Avant effondrements de deux mille vingt. Avant catastrophes climatiques actuelles. Mais déjà je voyais. L’homme se prend pour Dieu. Mais craque sous le poids de sa propre création.

Je me souviens. Deux mille dix. Crise financière de deux mille huit encore présente. Récession mondiale. Banques effondrées. Économies tremblantes. Et pourtant l’humanité continuait. Machines continuaient. Industrie continuait. Armements continuaient. Et moi quarante-sept ans sept ans d’exil. Je réfléchissais au pouvoir humain. Prétention humaine. Depuis Prométhée volant le feu aux dieux. Depuis Babel la tour montant jusqu’au ciel. Depuis Icare s’approchant du soleil. Toujours l’homme voulant être dieu. Toujours punition. Prométhée enchaîné. Babel détruite. Icare tombé. Et maintenant. Deux mille dix. Nouvelle version. Nouvelle hubris. Clones. Bombe. Pétrole. Banque. Béton. Abattoir. Voiture. Sept piliers de notre orgueil. Sept péchés de notre modernité.

Mais différence cruciale. Capitale. Dans le tableau. Ce n’est pas un homme réel. C’est une sculpture. Marbre. Pierre. Atlas sculptural. Pas Atlas vivant. L’homme n’est pas réel dans l’image. Il est comme une sculpture. Un produit lui aussi de la création humaine. Pourquoi cette différence. Essentielle. Parce que la sculpture peut tenir. Le marbre résiste. La pierre supporte. Indéfiniment. Atlas sculptural peut porter les sept piliers. Pour toujours. Sans faillir. Mais l’homme réel. L’homme vivant. L’homme de chair et de sang. Lui s’effondrerait immédiatement. Personne ne peut porter tout ça. Physiquement. Psychologiquement. Spirituellement. Impossible. Porter le poids des clones. Biotechnologie incontrôlée. Porter le poids de la bombe. Menace nucléaire permanente. Porter le poids du pétrole. Destruction climatique. Porter le poids de la finance. Inégalités. Crises. Porter le poids du béton. Villes invivables. Porter le poids de l’abattoir. Violence quotidienne contre le vivant. Porter le poids de la voiture. Pollution. Accidents.

L’homme réel peut avoir un choix. Devenir vivant et responsable. S’il prend les bonnes décisions. Pendant qu’il ne comprend pas les conséquences de ses actes. Il reste un Dieu acharné dans sa chair. Aucune transcendance d’un Démiurge. Voilà la clé. Les bonnes décisions. Quelles bonnes décisions. Refuser ces sept piliers. Ne pas construire la civilisation sur eux. Pas de clones. Respecter le vivant. Ne pas jouer à Dieu. Pas de bombe. Désarmement nucléaire. Pas de pétrole. Énergies renouvelables. Sobriété. Pas de finance spéculative. Économie réelle. Solidaire. Pas de béton partout. Construire avec la nature pas contre. Pas d’abattoirs industriels. Végétarisme. Respect animal. Pas de voitures individuelles. Transports collectifs. Vélo. Mais peut-on vivre sans ces sept piliers. Question entière. Et c’est pourquoi l’homme réel doit choisir. Être responsable. Conscient des conséquences. Sinon. Il reste sculpture morte. Démiurge sans transcendance. Dieu matériel prisonnier de sa chair. Pas de spiritualité. Pas d’élévation. Juste hubris et effondrement.

Titre ironique. Proclamation d’hubris. “Moi, Dieu de la Terre”. Virgule importante. Moi qui me proclame Dieu. Mais l’image dément. Écrasement. Souffrance. Rupture imminente. Prophétie. Avertissement. Critique du transhumanisme. L’homme veut devenir dieu par la technique. Mais devient sculpture morte. Portant machines mortes. Sans transcendance spirituelle. Simple Démiurge matériel. Prisonnier de sa chair. Les sept piliers égale sept péchés de la modernité. Coffret banque au centre. Le capitalisme unifie tous les autres. Sans profit. Rien n’existe sous forme industrielle. Inventaire exhaustif. Implacable. Prophétique.

Avril deux mille dix précisément. Deepwater Horizon. Golfe du Mexique. Plateforme pétrolière explose. Vingt avril. Onze morts. Quatre-vingt-sept jours de fuite. Cinq millions de barils déversés. Désastre écologique. Marée noire géante. Côtes de Louisiane dévastées. Faune marine détruite. Pêcheries ruinées. Et le monde regardait. Impuissant. Le pétrole – troisième pilier – montrait sa vraie nature. Destruction. Mort. Mais on continuait d’extraire. On continuait de consommer. Dépendance totale. Suicide collectif. Et moi je peignais Atlas portant le puits de forage. Prophétie en temps réel.

Décembre deux mille neuf. COP15 à Copenhague. Échec total. Aucun accord contraignant. Aucune action réelle. Les nations continuaient. Business as usual. Pétrole. Charbon. Gaz. Béton. Voitures. Le climat s’effondrait. Mais on ne changeait rien. Atlas continuait de porter. Muscles craquaient. Mais sculpture tenait. Homme réel aurait dû lâcher. Choisir autrement. Mais non. Hubris continuait.

Septembre deux mille huit. Crise financière. Lehman Brothers s’effondre. Banques sauvées par États. Too big to fail. Coffret de banque – quatrième pilier central – montrait sa puissance. Plus fort que démocraties. Plus fort que peuples. Le capitalisme régnait. Inégalités explosaient. Un pour cent possédait tout. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent payaient. Et Atlas portait le coffre. Au centre exact. Cœur du système. Tout tournait autour de l’argent.

Et les guerres. Afghanistan. Irak. Continuaient. Pour le pétrole. Pour le contrôle. Pour l’argent. Bombe atomique – deuxième pilier – et puits de forage – troisième pilier – et coffret de banque – quatrième pilier – tous liés. Tous interconnectés. Complexe militaro-industriel-financier. Machine de mort et de profit.

Quinze ans plus tard. Novembre deux mille vingt-cinq. Je peindrais Soledad. Le Christ accablé assis dans le désert. Incapable de repartir. Accablé par le poids de la conscience. Surveillant un monde devenu stérile. Atlas était tombé. Devenu Christ effondré. La prophétie s’était accomplie. Entre deux mille dix et deux mille vingt-cinq. Qu’est-ce qui s’était passé. Le monde avait continué sa descente. Gaza en ruines. Ukraine saignante. Climat s’effondrant. Records battus chaque année. Plus un virgule cinq degrés. Irréversible. Accéléré. Et l’humanité. Toujours sculpture. Toujours Démiurge sans transcendance. Toujours portant les sept piliers. Toujours craquant. Mais cette fois. Atlas était tombé. Devenu Christ. Non plus titan portant. Mais homme effondré. Conscient. Souffrant. Veillant. Témoin du désastre. Gardien du monde stérile.

Moi Dieu de la Terre. Trois mètres de hauteur. Format monumental. Ambition démesurée. Inventaire des sept piliers de la civilisation moderne. Clones. Bombe. Pétrole. Banque. Béton. Abattoir. Voiture. Chacun nécessaire. Chacun destructeur. Tous ambigus. Tous tragiques. Atlas sculptural peut tenir. Marbre résiste. Mais homme réel s’effondrerait. Doit choisir autrement. Devenir vivant. Responsable. Conscient. Sinon reste sculpture morte. Démiurge matériel. Sans transcendance. Titre ironique. Proclamation hubris démentie par image. Prophétie. Quinze ans avant Soledad. Avant effondrement. Mais déjà visible. Déjà peint. Atlas au bord rupture. Civilisation au bord gouffre. Humanité jouant à Dieu. Mais craquant sous poids de sa création. Leçon non apprise. En deux mille dix. Toujours pas apprise en deux mille vingt-cinq. Atlas continue porter. Muscles continuent craquer. Bombe continue menacer. Et nous continuons prétendre être dieux de la terre. Malgré évidences contraires. Malgré effondrements en cours. Malgré catastrophes en multiplication.

Moi Dieu de la Terre. Deux mille dix. Paris. Quarante-sept ans. Trois cents par deux cents centimètres. Huile sur toile. Les sept piliers. Les sept péchés. L’inventaire complet. La thèse philosophique peinte. Atlas sculptural portant notre civilisation industrielle. Prophétie de l’hubris. Avertissement de la Némésis. Témoignage prométhéen. Pour toujours. Moi Dieu de la Terre. Pour toujours Atlas contemporain. Pour toujours titan au bord rupture. Pour toujours bombe au sommet. Pour toujours menace destruction. Pour toujours leçon non apprise. Pour toujours hubris rencontre limites. Pour toujours prétention divine rencontre réalité humaine. Pour toujours.