
LA TRAVERSÉE – COMPOSITION
Avril 2024, Paris
Un mois après « The Revenant », en avril deux mille vingt-quatre, alors que le printemps s’installait vraiment maintenant, que la chaleur revenait, que la lumière s’allongeait, j’ai peint « La Traversée », une composition qui explorait le thème : traverser, avancer, se déplacer sur un terrain instable mais de façon plus figurative, plus narrative peut-être, montrant non pas juste une silhouette abstraite en mouvement mais une scène plus complète, un paysage de traversée, une figure humaine qui marchait, qui avançait à travers un espace qui était à la fois concret et abstrait, un espace qui pouvait être un paysage réel, une route, un désert, une plaine ou un espace métaphorique, le temps, la vie, l’exil et cette ambiguïté était voulue, essentielle, parce que traverser c’était à la fois physique et métaphorique, on traversait des espaces géographiques et on traversait des périodes de vie, on traversait des villes et on traversait des épreuves, on traversait des rues .
La figure dans ce tableau marchait de gauche à droite, exactement comme dans toutes les conventions visuelles occidentales où le mouvement de gauche à droite signifie avancer, progresser, aller de l’avant, et cette figure marchait avec détermination, avec effort visible, pas en courant comme « The Runner », ma peinture de deux mille quatre, pas en grimpant comme « L’Ascension », ma peinture de deux mille six, mais en marchant simplement, un pied devant l’autre, régulièrement, obstinément, la marche comme métaphore de l’endurance, de la persévérance, de la capacité de continuer même quand on est fatigué, même quand on ne voit pas la fin du chemin, même quand on ne sait plus très bien pourquoi on marche, on marche quand même, on avance quand même, on traverse quand même, parce que c’est ça vivre, c’est ça exister, c’est ça résister, mettre un pied devant l’autre, jour après jour, année après année, décennie après décennie, traverser le temps, traverser la vie, sans arriver nécessairement quelque part, sans atteindre nécessairement un but, mais traversant quand même, avançant quand même, continuant quand même.
Et le paysage que traversait cette figure était ambigu, indéfini, j’avais peint des zones de couleurs, des passages d’ombre et de lumière, des espaces qui pouvaient être des chemins ou des obstacles, des ouvertures ou des fermetures, créant cette sensation que traverser n’était pas suivre un chemin clair, évident, balisé, mais était naviguer constamment dans l’incertitude, dans l’ambiguïté, ne sachant jamais vraiment si on allait dans la bonne direction, si on avançait vraiment ou si on tournait en rond, si on s’approchait de quelque chose ou si on s’en éloignait, cette incertitude fondamentale de l’exil, de la vie précaire, de l’existence marginale où on n’a jamais de confirmations claires qu’on fait ce qu’il faut, qu’on est sur le bon chemin, qu’on arrivera quelque part, on marche dans le brouillard, on traverse dans l’incertitude, on avance sans savoir vraiment où on va, mais on avance quand même, on traverse quand même, parce qu’on n’a pas d’autre choix, parce que s’arrêter c’est mourir, parce que la vie elle-même est une traversée qui ne s’arrête que quand on meurt.
Avril deux mille vingt-quatre. Le printemps. La lumière. La chaleur qui revenait. Et moi je peignais cette traversée, cette figure qui marchait de gauche à droite à travers un paysage ambigu, et je reconnaissais que c’était encore moi, encore un autoportrait métaphorique, encore une façon de dire “voilà ce que je fais depuis vingt ans, je traverse, je marche, j’avance, un pied devant l’autre, jour après jour, sans vraiment savoir où je vais, sans vraiment arriver quelque part, mais avançant quand même, traversant quand même, continuant quand même, parce que c’est ça ma vie, c’est ça mon exil, c’est ça mon existence, une traversée sans fin, un mouvement perpétuel, une marche obstinée à travers un paysage qui change constamment mais qui reste fondamentalement le même, un paysage d’incertitude, d’ambiguïté, de précarité, mais je le traverse quand même, je continue à marcher, je continue à avancer, vingt ans déjà, et peut-être vingt ans de plus, et peut-être jusqu’à ma mort, traversant toujours, marchant toujours, avançant toujours, sans jamais vraiment arriver, sans jamais vraiment atteindre, mais traversant quand même, c’est ça ma victoire, c’est ça ma dignité, c’est ça mon obstination — je traverse, je continue, je marche, un pied devant l’autre, toujours, malgré tout, jusqu’au bout”.
La Traversée. Avril deux mille vingt-quatre. La figure qui marche de gauche à droite. Le paysage ambigu qu’elle traverse. L’incertitude permanente de la direction. L’obstination de continuer quand même. La marche comme vie. La traversée comme existence. Le mouvement comme résistance. Et moi qui peignais cette scène en reconnaissant que c’était mon autoportrait le plus simple, le plus direct, le plus vrai peut-être je suis cette figure qui traverse, qui marche, qui avance, sans savoir vraiment où je vais, sans vraiment arriver quelque part, mais marchant quand même, traversant quand même, continuant quand même, vingt ans déjà, et jusqu’au bout probablement, jusqu’à ce que je ne puisse plus marcher, jusqu’à ce que mes jambes ne me portent plus, jusqu’à ce que je tombe enfin, et même alors peut-être je ramperais encore, je continuerais encore, parce que c’est ça ma nature, c’est ça mon destin, c’est ça ma vie : traverser, toujours, éternellement, obstinément, jusqu’à la fin.




